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La littérature et l'esprit. Hommage à Jean-Yves Pouilloux

La littérature et l'esprit. Hommage à Jean-Yves Pouilloux

La littérature et l'esprit. Hommage à Jean-Yves Pouilloux

17 et 18 janvier 2020
Château de Pau
2 rue du Château
64000 PAU
FR
colloque en cours de construction - événement en partenariat avec le laboratoire ALTER de l'UPPA
Adultes | Amis du château | Adhérents UTLA | Etudiants
Gratuit - Accès libre dans la limite des places disponibles
Ce colloque-hommage à l'initiative de Valérie Fasseur et de collègues et amis proches de ce professeur émérite de l'Université de Pau, grande figure de la vie littéraire contemporaine, spécialiste de Montaigne mais aussi de Queneau et de Borgès, fera la part belle aux livres, aux lectures et à la musique avec un concert gratuit donné en soirée. Ce colloque se prolongera jusqu'au bout de la "Nuit de la lecture", elle aussi consacrée aux écrits de monsieur Pouilloux mis en regard des textes de Montaigne, le tout saupoudré d'une belle dose d'enchantement concoctée par la compagnie l' "Oiseau Tonnerre"...
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En 1969, Jean-Yves Pouilloux publiait chez François Maspero Lire les Essais de Montaigne. Le titre ambitieux de cet ouvrage présageait une révolution dans l’histoire épistémologique de l’œuvre de Montaigne. Récusant la lecture fragmentée qui réduit Les Essais à un centon de formules frappantes érigées en sagesse, Jean-Yves Pouilloux en dévoile la forte unité de forme et de pensée, renouvelant en profondeur des décennies d’interprétations approximatives, superficielles, voire erronées. L’ouvrage fit date.
En 2017, juste un an avant son décès, Jean-Yves Pouilloux recevait le Prix de la critique de l’Académie française, pour L’Art et la formule, publié un an plus tôt chez Gallimard. Si le titre suppose la persistance d’une réflexion sur l’articulation du fragment et de l’ensemble, l’objet d’étude s’est diversifié. Montaigne occupe certes le dernier chapitre, mais d’autres auteurs qui ont accompagné le cheminement intellectuel de Jean-Yves Pouilloux s’y déploient en constellation, s’éclairent d’une relation avec la littérature ayant atteint plénitude et sérénité, liberté aussi, à l’égard des normes universitaires. Flaubert, Faulkner, Rilke, Jaccottet gravitent autour de quelques figures majeures : Proust, Paulhan, Queneau, Michon, Bouvier, Jourdan, Hollan. Alexandre Hollan, le peintre, l’ami, parmi les écrivains. C’est que L’Art et la formule parachève le parcours de Jean-Yves Pouilloux. Pour lui, la pensée portée par la littérature ne saurait s’abstraire du rapport sensible au monde qui l’entoure. Lire, c’est saisir la vibration singulière d’un instant privilégié, saturé de perception, que le lecteur vit dans toute son intensité face à la page. Mais aussi face à la toile, face au geste créateur du peintre. Face à l’Art.

L’œuvre de Jean-Yves Pouilloux, inaugurée avec Montaigne, n’a cessé de s’ouvrir à de nouveaux champs d’exploration. Grand lecteur de Proust, Pessoa ou Paulhan, il se tourna volontiers vers la poésie pour incarner et dire son expérience sensible. Il fréquenta l’OuLiPo à travers Perec et Queneau (Les fleurs bleues de Raymond Queneau, Gallimard, Folio, 1991) et fut un grand connaisseur de poésie contemporaine, sans délaisser jamais Montaigne. Sous la diversité de son objet, la pensée de la sensation littéraire, nourrie de celle de Merleau-Ponty, quête de plus en plus sûrement l’expérience de l’éveil ; ce mot devient récurrent dans les titres de ses ouvrages – monographies ou collectifs (Montaigne. L’éveil de la pensée, Paris, Champion, 1995 ; Les voix de l’éveil. Ecritures et expérience spirituelle, Jean-Yves Pouilloux et Marie-Françoise Marein éd. Paris, L’Harmattan, 2009 ; Eveils. Études en l’honneur de Jean-Yves Pouilloux, Valérie Fasseur, Olivier Guerrier, Laurent Jenny, André Tournon éd., Paris, Garnier, 2010). La pensée est désormais envisagée comme le support d’une activité de l’esprit, dans toute la palette sémantique que revêt ce terme. Moqueur et laïc, Jean-Yves Pouilloux accueille volontiers Tchouang-Tseu et le bouddhisme. Avec esprit, il peut ainsi oser un syncrétisme faussement provocateur en évoquant « Montaigne en habit bouddhiste », ou, dans L’Art et la formule, analyser le Temps retrouvé comme « une religion de l’art », déceler dans la fulgurance de la mémoire involontaire proustienne « une révélation » entraînant une « conversion ». Il peut aussi s’agir d’épiphanies ou de tout ce qui trouble la confortable certitude pour susciter une lucidité nouvelle qui transfigure le rapport au monde. Encore faut-il, tous sens en éveil, saisir le détail fugace, masqué souvent sous l’ordinaire, auquel le regard délivrera sa pleine faculté de métamorphose. Un arbre peut-être, comme ceux qu’Alexandre Hollan a si suggestivement représentés.

Un arbre en moi palpite faiblement, à peine perceptible, et je sens que c’est lui qu’il me faudrait entendre, trace déposée dans le cheminement du jour, qui est la vérité de mon regard et que je ne connais pas.

Ce chatoiement de l’esprit dissimulé au cœur de la littérature comme au cœur des choses, qui n’attend que d’être révélé par le regard de qui regarde, ces journées voudraient en prolonger la lumière, en hommage au regard singulier du collègue, de l’ami, du maître disparu.

Programme

Colloque vendredi 17 journée et samedi 18 janvier matin

Concert vendredi 17 janvier à 20h30 ("Autour de la sonate de Vinteuil" - Dania et Gabriel Tchalik (piano et violon) - réservation obligatoire au 06 86 94 59 96

Nuit de la lecture - samedi 18 janvier- 20h30 - 22h - réservation conseillée au 06 86 94 59 96 -
programme de la Nuit de la lecture